vendredi 15 juin 2018

Le programme 2018

Les Rencontres littéraires de Vézelay, les samedi 29 et dimanche 30 septembre 2018 à Vézelay

  
La nouvelle présidente, Sophie Caillat, éditrice, cofondatrice des éditions Premier Parallèle nous présente son programme.

Dans la continuité du Grand Rendez-vous organisé par l’équipe précédente, la présidente, qui prend la succession de Geneviève Pascaud-Bécane, entend privilégier les rencontres avec les auteurs, mais aussi mettre en avant la lecture.

À travers quatre écrivains, qui tous ont un parcours riche et ancien, il s’agira de donner à entendre ce qui préside à la naissance d’une œuvre littéraire, comment un auteur s’installe durablement dans le paysage éditorial et médiatique, et comment ses livres trouvent leur place dans un écosystème constitué de différents acteurs (l’éditeur, le diffuseur, le libraire, les bibliothécaires et les réseaux culturels).

L’ambition est de faire rayonner ces rencontres, au-delà de Vézelay, dans toute la région et de donner une occasion supplémentaire à nombre de Parisiens de découvrir le Morvan

Grâce au partenariat avec Les Livreurs- lecteurs sonores, des lectures d’extraits sont également prévus, que ce soit lors des rencontres ou après, en extérieur si le temps le permet. Les livres des auteurs invités seront disponibles à la sortie de chaque rencontre pour des séances de dédicaces.


Programme du samedi 29 septembre à la Salle Gothique :


10h30-12h : Eric Faye, écrivain, auteur d’une trentaine de romans, nouvelles et récits de voyages. Lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française en 2010 pour Nagasaki, ce passionné d’Asie puise dans cette région du monde une part de son inspiration. Son dernier roman Eclipses japonaises (Seuil) paru en 2017 lui a valu un bel accueil critique et un tour de France. Il vient de publier, avec Christian Garcin, Dans les pas d’Alexandra David-Néel, du Tibet au Yunnan.

Rencontre animée par Wilfrid Séjeau, de la librairie Le Cyprès à Nevers.


14h30-16h : Emmanuelle Heidsieck, écrivain et journaliste dans le secteur social. Depuis son premier recueil de nouvelles sur les sans-papiers, paru en 1995 et traduit dans plusieurs langues, elle s’intéresse aux sujets à dimension politique. Dans Il risque de pleuvoir (Seuil, 2008), elle imaginait la disparition de la Sécurité sociale au profit de l’assurance privée. Dans son dernier roman À l’aide ou le rapport W (Léo Scheer, 2013), elle dépeignait un monde dans lequel le geste gratuit serait prohibé. 

Rencontre animée par Evelyne Levallois, de la libraire L’Autre Monde à Avallon.


17-18h : Eric Faye et Emmanuelle Heidsieck débattront de leur "condition d’écrivain". Cette dernière évoquera son engagement comme administratrice au sein de la Société des Gens de Lettres, où elle défend les droits des auteurs. Eric Faye reviendra sur les résidences d’auteurs, les prix littéraires et les festivals qu’il a fréquentés.

18h-22h : Soirée de lecture par Les livreurs et les élèves de la Sorbonne Sonore (en extérieur si le temps le permet) en présence de Félix Libris.


Programme du dimanche 30, à la Salle gothique :


11h-12h30 : Denis Grozdanovitch viendra en voisin, nous parler de son oeuvre. Après avoir mené longtemps une vie de sportif professionnel, il publie en 2002 Petit traité de désinvolture, (aux éditions José Corti, puis en Points-Seuil en 2005), tiré des notes qu'il consignait quotidiennement dans ses carnets. S'en suivent une douzaine d'ouvrages, dont La Puissance discrète du hasard (Denoël, 2013 et Folio) et Le Génie de la bêtise (Grasset, 2017), salués par la critique. Denis nous dira quelques mots de son prochain livre, à paraître en 2019, et consacré au dandysme.


Rencontre animée par Jean Lacoste.

14h30-16 : Cécile Guilbert, essayiste et romancière, est l'auteure d'une quinzaine de livres. Depuis son premier ouvrage Saint-Simon ou L'encre de la subversion (1994) jusqu'à Warhol Spirit (prix Médicis essai 2008), elle s'est penchée  sur des personnalités aussi brillantes que variées (Guy Debord, Laurence Sterne, etc). Elle développe aussi un parcours singulier de romancière mêlant la vie et la fiction, avec Réanimation tiré d'un épisode personnel (Grasset, 2012) et Les Républicains, paru en 2017 et qui fit grand bruit. Elle tient une chronique hebdomadaire dans La Croix.


Rencontre animée par Christine Siméone, journaliste à France Inter.

Comme toujours, entrée libre dans la limite des places disponibles.

        


vendredi 9 mars 2018

Un magnifique programme pour la fondation Zervos

Le beau programme de la Fondation Zervos vient d'être connu et est visible sur le site de la Fondation. Il commence dès le samedi 24 mars dans le cadre Printemps des Poètes avec un hommage à René Char. Présentation par Christian Limousin et texte lu par Valérie Delbore.



La mort discrète d'un homme merveilleux, Angelico Surchamp


Il était bénédictin, artiste, amoureux de l'art roman et n'a cessé d'œuvrer jusqu'au bout de sa vie pour l'art et la culture. La foi aussi sans doute. Il vient de s’éteindre à 94 ans.

On retient surtout de la longue vie d’Angelico Surchamp qu’il a fondé les belles éditions Zodiaque, dont les publications ont été longtemps composées et imprimées à l'abbaye de la Pierre-Qui-Vire et présentaient admirablement les chefs d'œuvre du roman. Pas seulement les grands édifices comme Vézelay, Autun, Tournus... mais les plus modestes chapelles et églises de campagne. Pas seulement en France mais dans toute l’Europe.

Un bel ouvrage publié en 2012, « Zodiaque. Le monument –livre », ENS Editions, éditions Stéphane Bachès, lui rend un hommage mérité.

Pour ma génération d’immédiat après-guerre, il fut celui qui nous appris à voir et à aimer ce que longtemps les amateurs d'art considéraient comme maladroit, frustre, ne valant que comme annonciateur du gothique ! Il a renouvelé notre regard sur l’art roman.

Il a aussi initié à Vézelay dans les années cinquante des expositions remarquables, participant ainsi par ses écrits, ses éditions ses manifestations au formidable essor et renouveau de l’art sacré au XXè siècle.
Né en 1924 à Troyes dans une famille fervente et cultivée. « Je suis né dans un milieu pour lequel la beauté était quelque chose de naturel » (La Croix du 7 mars 2018), il eut une double vocation pour le dessin et le sacerdoce. En 1942, il entre au monastère de La Pierre-Qui-Vire, adoptant le nom d’Angelico en référence au célèbre peintre du Quattrocento.

Partagé entre ces deux vocations, artistique et monastique, on lui permet d’entrer dans l’atelier du cubiste Gleizes. Sa peinture est alors résolument moderne, abstraite. Son professeur l’ouvre aux liens entre art moderne et arts primitifs, dont l’art roman. « L’art roman traduisait, disait-il, comme l’art moderne à ses débuts, ce désir profond du cœur de l’homme : suggérer un monde invisible plus réel et plus essentiel que ce qui l’entoure » (La Croix, précité).

Créées en 1953, après avoir émergé sous forme de revue en 1951, les Editions Zodiaque vont célébrer en 200 volumes la beauté de cet art et décliner diverses collections. Angelico s’entoure de photographes exceptionnels, comme Jean Dieuzaide et Pierre Belzeaux, et privilégie, comme le faisait Christian Zervos pour Cahiers d’art, les images en noir et blanc, sobres et contrastées. Pendant près de quarante ans, ils vont sillonner les routes de France et d’Europe et publier des livres exigeants.

Après son retrait en 1995 le moine défenseur du roman consacra plus de temps à son œuvre personnelle et peignit environ 400 toiles. Il devint aumônier de bénédictines en Saône et Loire et vécut chez elle simplement en religieux.

Il est incontestable qu’Angelico Surchamp a permis une redécouverte du monde roman et de Vézelay en particulier, et pas seulement dans les milieux chrétiens intellectuels !

C’est au début des années 50 aussi qu’il imagine des expositions d’art sacré contemporain sur la colline.

 Il faut se souvenir qu’après l’Occupation et à la demande de l’archevêque de Sens, Mgr Lamy, les bénédictins de la Pierre-Qui-Vire prennent en charge la paroisse et la gardent jusqu’en 1953, avant de la remettre aux franciscains, présents jusqu’en 1993.

Cette période bénédictine est particulièrement féconde. L’intérêt de l’Ordre pour la vie intellectuelle et artistique est connu, mais la personnalité de notre Surchamp, artiste, musicien, peintre est fondamentale. Il publie très vite pour les touristes un fascicule sur l’art roman qui rencontre un grand succès. Avec ses frères il organise à partir de 1950 des expositions d’art contemporain dans ce qu’on appelait alors le vicariat, qu’occupe aujourd’hui le musée de l’œuvre. Dom Surchamp publie à l’occasion un texte, « Deux notes sur l’art abstrait » qui deviendra le premier numéro de la revue Zodiaque. Le second numéro, sorti la même année, a pour titre « L’agonie de l’art sacré »…

« En 1950, m’a-t-il raconté il y a quelques années, nous n’avons exposé que des œuvres de notre atelier et celles d’artistes amis. Mais, à plus de 60 ans de distance, je serais incapable de vous dire lesquelles. Et pas davantage celles de l’année suivante, lors d’une manifestation réalisée avec le concours du musée national d’Art moderne de Paris… Et pourtant, c’est à cette occasion que nous avons réalisé les deux premiers cahiers de ce qui allait devenir, dès septembre, la revue Zodiaque »

Après quelques recherches, on peut citer quelques noms d’artistes pour ces expositions. En 1950, Henri Jannot, Jean Desprès, l’orfèvre d’Avallon et Michel Timoleonthos. En 1951, grâce au musée d’art moderne, Fernand Léger et Bazaine, en 1952 Desprès encore, Simone Delattre, Rouault, Puiforcat, Chagall, Lambert Rucky (sculpteur) et Barillet (verrier).

Avec l’arrivée des franciscains les manifestations s’espacent et sont prises en charge par des laïques. En 1955, François Brochet prend la relève et présente des œuvres de Bernard Buffet et Michel Ciry. Il recommence en 1957 et 1958.

Hélas, les manifestations disparaissent au fil du temps, mais laisse le souvenir d’un âge d’or de l’art sacré contemporain sur la colline, initié par le jeune moine artiste qui s’est fait le serviteur de la beauté et de l’art roman.

GPB